Conférences 2012-2014

Les Dinosaures par Monique Vianey-Liaud

             Paléontologue, Professeur Émérite, Docteur en Sciences, Monique Vianey-Liaud est chercheur à l’Institut des Sciences de l’Evolution, Université Montpellier 2. Après s’être consacrée à l’étude des dinosaures pendant de nombreuses années, elle s’intéresse maintenant avec son équipe à l’évolution des rongeurs.

 

 

     Cette conférence a permis de remettre à leur place certaines vérités souvent oubliées, ignorées ou transformées dans les innombrables films et romans (Jurassic Park et autres) consacrés à ce sujet passionnant.

            Voici les points les plus importants à retenir.

  •             Les dinosaures n’étaient pas tous des géants (35 m, Futalongkosaurus). Certains étaient de petite taille (40 cm, Microraptor).
  •             Ils n’ont pas tous vécu en même temps : leur règne s’est étalé sur près de 150 millions d’années (Ma) entre -215 et -65 Ma.
  •             A cette époque, la géographie terrestre était bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui, avec un seul gigantesque continent à -200 Ma qui s’est morcelé et a régulièrement évolué (dérive des continents) jusqu’à une forme proche de sa forme actuelle, avec des mers peu profondes à -65 Ma, époque de la fin du règne des dinosaures.
  •            - Il y a 70 Ma, la température moyenne au niveau de l’équateur était sensiblement identique à celle que nous connaissons aujourd’hui. Par contre, sous nos latitudes (45°) la température était supérieure à celle d’aujourd’hui d’environ 6°C ; cette différence était de l’ordre de 10°C pour les latitudes autour de 60° (Stockholm et Helsinki) et de 15 °C à la latitude du nord de la Suède. Ainsi, les dinosaures n’ont connu que des climats relativement chauds, sans calotte glacière aux pôles, et avec une riche végétation. Ces conditions ont peut-être favorisé le gigantisme de certaines de leurs espèces.
  •             A l’inverse des reptiles, avec qui ils ont partagé un ancêtre commun, les dinosaures ont acquis une posture érigée et non transverse.
  •             Les deux grandes classes de dinosaures, les saurischiens (dont faisait partie le tyrannosaure) et les ornithischiens (dont faisait partie l’Iguanodon) se différencient par diverses cactéristiques anatomiques, notamment les os du bassin et des membres.
  •             On trouve en Chine de nombreux fossiles de dinosaures “à plumes”, Synosoraupteryx, Microraptor et Théropodes (caractérisés par la présence d’un bréchet) qui vivaient entre -150 et -105 Ma. Cet élément et d’autres confirment que les oiseaux actuels en sont les descendants directs.
  •             Tous les dinosaures ne se sont pas éteints en même temps. Durant les 150 Ma qu’a duré leur règne, des espèces sont apparues et ont disparu, tandis qu’en apparaissaient d’autres.
  •             La terre a connu cinq crises d’extinction massive. Une crise d’extinction massive est par définition une période relativement courte à l’issue de laquelle 50 à 95% des espèces vivantes disparaissent. On pense que la dernière de ces crises, survenue il y a 65 Ma, est celle qui a définitivement éliminés les dinosaures de la surface du globe.
  •             Parmi les différentes hypothèses sur les évènements responsables de la disparition des dinosaures, les plus vraisemblables sont :
  1. la chute d’une grosse météorite (10 Km de diamètre) sur la presqu’ile du Yucatan en Amérique Centrale (Mexique) il y a environ 65 Ma (formant ainsi le cratère de Chicxulub),
  2. des éruptions volcaniques massives comme celle survenue dans l’ouest de l’Inde (Deccan Traps) il y a environ 70 Ma, lors de laquelle la lave émise pourrait avoir recouvert une surface de l’ordre de 3 fois celle de la France sur une épaisseur de 2000 à 2400 mètres.

     La diminution de la température moyenne à la surface du globe de 10°C il y a 70Ma, pourrait être une des conséquences de ces cataclismes météoritique ou volcanique, ou des deux. 

La Société Proméo, une Entreprise Familiale par Gilbert Ganivenq

 

Gilbert Ganivenq est Président Directeur Général de la société Proméo.

En 1969, il passe son bac au lycée Joffre à Montpellier. Il part ensuite pour Le Havre où il va acquérir une formation d’ingénieur en agronomie de l’Institut Supérieur Technique d’Outremer. Il va pendant 4 ans occuper un poste de gestionnaire de projets agricoles notamment dans la culture du coton, au Bénin et au Cameroun.

Les débuts de l’entreprise

De retour en France, il entreprend ses premières opérations de promotion immobilière entre 1976 et 1978 après avoir créé la SARL FCOM (réseau de commercialisation immobilier international) à Castelnau le Lez et crée la première société spécialisée dans la vente de biens immobiliers en France aux français résidant à l’étranger.

Entre 1985 et 1990, au cours d’une période favorable à l’immobilier de loisir, il revient à la vente classique de résidences secondaires par des réseaux et opérations marchand de biens sur la Côte d’Azur, Paris, et en régions (achat à la barre, revente à des opérateurs, etc.).

 

La guerre du Golfe, la crise

Tout semble bien aller, mais c’est sans compter avec la guerre du Golfe (Koweït) qui survient en 1990. Entre 1990 et 1995, le marché de l’immobilier s’effondre et les ventes chutent de plus de 50%. Gilbert Ganivenq doit alors réaliser une réduction drastique de son personnel tout en maintenant l’entreprise à flots en réalisant quelques programmes qui vont lui permettre de passer ce cap difficile au cours duquel il nous a avoué avoir dû vendre sa voiture pour payer les salaires de ses employés.

A partir de 1995, le marché repart à la hausse et profite à ceux qui étaient encore présents. L’activité de la société reprend avec l’appui et la confiance des banques.

 

L’arrivée d’Olivier

1997 est une date clé dans l’entreprise avec l’arrivée d’Olivier Ganivenq qui à l’âge de 23 ans sort de l’Institut Supérieur de Gestion de Paris. Olivier dispose d’une solide expérience immobilière, notamment en tant que chargé de mission au sein du département immobilier de la Caisse d’Epargne et en tant qu’assistant auprès de la société AFFINE Paris (société foncière cotée en bourse). Il va apprendre le métier auprès de son père et ils vont former un tandem que rien ne pourra arrêter grâce à une bonne coopération père-fils sans affrontement ni desaccord profond, ce qui n’est pas toujours le cas dans les entreprises familiales. Gilbert Ganivenq avoue avoir retiré une grande satisfaction de cette relation humaine avec son fils. Dans ce contexte d’entreprise familiale, il ne faut pas oublier Josy qui bien que scientifique va se former à la comptabilité et assurer la gestion de la société.

  

 

Gilbert et Olivier Ganivenq

 

 

La diversification de l’entreprise

En 2000, Olivier achète 50% de la société. De nouvelles méthodes de travail sont mises en place avec la création d’un réseau de vente. Les équipes sont rajeunies et le développement de la société s’accélère avec le développement du marché immobilier pour investisseurs. Comme la clientèle traditionnelle de la résidence de loisir s’essouffle, la société se tourne vers une nouvelle activité : la vente de mobil-homes avec location d’emplacements.

Cette diversification modifie en profondeur l’entreprise avec en 2003 l’achat du 1er camping, l’Europe à Vic La Gardiole (330 emplacements) et en 2004 le camping Le Castellas (1000 emplacements sur la plage entre Sète et Agde). L’entreprise vient ainsi d’acquérir une nouvelle visibilité dans le domaine du loisir.

 

L’entrée en bourse

En 2005, la société est introduite en bourse (Bourse Paris) par cotation à 25 euros l’action, soit une valeur d’entreprise d’environ 75MEuros. Il s’agit d’une étape essentielle. Le développement de l’entreprise se structure alors autour de deux pôles principaux :


- branche immobilière qu’Olivier va amener en 5 ans à un rythme régulier de 1000 à 1200 logements/an

- ouverture au marché financier grâce au statut de société cotée.

Ceci va permettre la levée de fonds beaucoup plus facilement qu’auparavant : ouverture vers les placements et financements (actionnaires) et vers les banques. Cette évolution s’accompagne d’une restructuration humaine très importante : de 40 à 600 salariés.


Fin 2006 : la société passe du marché libre au marché Alternext avec augmentation de capital (Société Générale) et en 2007 la Famille Ruggieri (IBM, France telecom, jardiland) entre au capital de Proméo à hauteur de 25%.

 

Le développement de l’activité de loisir

Début 2008 l’entreprise réuissit une levée de fonds de 34,5MEuros. Ces fonds vont être affectés au développement de l’activité de l’Hôtellerie de Plein Air avec le rachats de sites et développement des sites existants. Aujourd’hui la société gère 150 sites en France et Europe et Promeo est le numéro 1 en Europe en chiffre d’affaire et en nombre d’emplacements.

 

L’irrésistible ascension

Le groupe Village Center, la branche hébergement touristique du groupe Promeo, est ouvert au capital à 21Partners (famille Benetton) et intégration de Vacances directes, autre opérateur dans cette activité. En 2011, acquisition de Kawan Group, 1er réseau européen d'hôtellerie de plein-air. En 2012, acquisition de la centrale d’achat pour les campings en France, Le Gain, rachat du Golf de Juvignac et création du plus grand centre de loisirs du Languedoc Roussillon avec balnéo thermales, golf et hôtel 3* et 5* (avec la famille Constantin). En 2013, Olivier Ganivenq prend les commandes de l’entreprise.

 

 

 

 

Organisation actuelle de la société

 

 

Sponsoring et mécénat

En dehors de son parcours professionnel, Gilbert Ganivenq s’investit très activement dans la création de collections de peintures et d’art contemporain, avec les manifestations suivantes :


1990 / 1992 : Les déjeuners sur l’herbe

2004 / 2005 : Collection des Don Quichotte

2011 : La Chine et l’art chinois.

 

A une époque où l'on perçoit tout l'intérêt de développer nos talents et nos exportations, la réussite de cette entreprise familiale est un formidable exemple à suivre.

Le trader est-il à l’origine de la dérégulation de la finance mondiale ? Par Rodolphe Bailleul

 

Rodolphe Bailleul est diplômé d’un master de Finances et Capitaux. Il a excercé une activité de trader dans de grandes banques.

 

 

 

     

     Plutôt que vous résumer cette conférence - excellente au demeurant - je me suis amusé à en transcrire la teneur sous la forme d’une parodie de la fable de Jean de La Fontaine, “Les animaux malades de la peste”. Voici donc à partir des mots clé de la conférence de Rodolphe Bailleul :

 

“LES PAYS MALADES DE LA CRISE”

 

Un mal qui répand la terreur,


Mal dont les banques et les traders


Ont réussi enfin à infester la terre,


La Crise (puisqu’il faut l’appeler par son nom),

Capable en un seul jour de ruiner cent nations,

Faisait à nos banquiers la guerre.

_______

Ils ne plongeaient pas tous, mais tous étaient frappés :

On les voyait hagards, anxieux, désemparés,

Cherchant comment sauver leurs actifs amoindris.

Nul pigeon à plumer n’excitait leur envie.


Ni courtier, ni broker, ni cambiste n’avaient


Vu venir cette crise et ses amples dégâts.

Les épargnants fuyaient :


Plus d'argent, partant plus d’emploi.

_______

Le Président de la banque centrale tint son conseil, et dit :

« Mes chers amis,
 Banques de dépôt et d'investissement,

Sociétés de gestion d'actifs,

Investisseurs institutionnels,


Assureurs et Hedge Funds,

Entreprises, spéculateurs et petits épargnants,

Je crois que nous avons commis par nos pratiques

Cette immense infortune qui sème la panique.

Dès lors il serait bon que tous ceux d’entre nous

Qui de près ou de loin ont fait ce mauvais coup

Se confessent et admettent leur part de forfaiture.

Peut-être obtiendrons-nous la guérison future.

De fait, examinons en toute transparence

L'état calamiteux de nos pauvres finances. 

Pour moi, satisfaisant mes appétits gourmands

J'avoue avoir plumé les petits et les grands.

Que m'avaient-ils donc fait ? Nulle offense.


Il m'est même arrivé de lancer sans compter

Tout une panoplie de produits dérivés


Sur les taux d’intérêt, de change ou d’actions,

Forex, matières premières, CDS, titrisations.

Nombreux s’en sont saisi pour leur spéculation,

Sans détenir jamais le moindre sous-jacent.


Je me dévouerai donc, s'il le faut. Mais avant


Il est bon que chacun puisse vider sa panse :

Car nous devons souhaiter, en toute intelligence,

Que ceux qui sont coupables instruisent leur défense. »

_______

« Bravo ! Dit un banquier, vous nous montrez la voie,

Nous allons de ce pas faire un mea culpa.

Plumer Etats, dindons, épargnants, entreprises

Est-ce là si terrible ? Serait-ce une méprise ?

Non, non.


Certes, ils ont par nos soins perdu beaucoup de tunes

Mais quoi !
 Ne nous leur fîmes point miroiter la fortune ?

Quant aux chefs d’entreprises,


Ce sont là gens qui cherchent toutes les couvertures,

Et de nos agréments de gré à gré s’amusent ! »

Ainsi dit le banquier, et flatteurs d'applaudir.


On n'osa trop approfondir.

Spéculateurs, traders, courtiers, investisseurs,

Cambistes et brokers, jusqu'aux simples assureurs,

Au dire de chacun, n’étaient qu’enfants de chœur !

_______

Opérations juteuses, transactions, fortes primes,


« Pensez-donc ! Dirent-ils, il n’y a là point de crime.

Jamais ne cesseront autorégulation,


Effets levier, contrats, trading algorithmique,

Ventes d’or en lingots et capitaux à risque,


Les concours de beauté de Keynes et les crashs.

L’économie réelle ? Nous la vouons au trash


Et nous en soucions comme queues de cerises !

Que nous importe au fond la vie des entreprises,

Quand on peut en un jour rafler toute la mise.


Les salles des marchés sont de vrais lupanars


Au fond desquels nous nous vautrons comme clébards,

Où chacun se complet dans ce jeu de hasard


Pour rafler sans effort chaque jour des milliards !

L’argent, ce bon argent, trébuchant et sonnant,

Gagné si durement par ces pauvres manants


Pour nous n’existe pas ! Au diable leur fiasco.

Nous nous en soucions comme d’un neutrino


Car cet argent fictif, c’est notre casino ! 

_______

Un petit épargnant vint à son tour et dit :


« J'ai souvenance
 

Que sur un beau terrain me promenant,


La vue des arbres verts, la grand calme et je pense,

Mon épouse aussi me poussant,


Je me pris à rêver de maison de vacance.


Mais comme avec mon bien je n’avais que les murs,

Bien que ma vie durant j’aie travaillé très dur,

Je contractai un prêt qui enfla mes dépenses.

Je n'en avais nul droit ! » Dit-il en s’accusant.

A ces mots on cria « haro sur l’épargnant ! »

Un banquier belliqueux lança cette diatribe :

« Il nous faut tout saisir à cet être cupide,


Ce vautour dispendieux qui provoque la crise,

Et lui faire payer notre entrée dans la mouise !»

Son acte fut jugé en faute incontestable.

Gager l'argent d'autrui ! Quel crime abominable !

On le lui fit savoir : il dépassait les bornes !

Sa maison fut saisie. C’était la seule chose

Qui put le racheter de ce forfait hors-normes.

Le soir même il dormit dans la rue sous un porche.

 _______

Selon que vous serez honnête ou délinquant,

Les jugements de cour vous rendront noir ou blanc.

 

Patrick Maurel

L'Histoire de la Médecine à Montpellier (1) Par Robert Dumas

 

     Robert Dumas, membre de notre club et Professeur Honoraire à la Faculté de Médecine de Montpellier, a dirigé pendant plusieurs années un service de pédiatrie dans les hôpitaux Saint-Charles et Arnaud de Villeneuve. Il a rédigé une histoire des Hôpitaux de Montpellier en cinq tomes (Ed. Sauramps Médical). Il était donc particulièrement bien placé pour nous faire partager avec le talent d’orateur qu’on lui connaît l’histoire de l’Université de Médecine de notre ville. 

 

 

     Robert a commencé son récit par une description de la ville de Montpellier au Moyen Âge. Sa naissance relativement récente (XIeme siècle) ne laissait prévoir en aucune manière l’émergence de cette ville au rang des cités les plus savantes de l’époque. Mais Montpellier avait des atouts majeurs. Quarante mille habitants, située sur une importante voie de passage, port maritime, ville de soin (Hopital Saint Eloi déjà en fonction), ville des apothicaires, Montpellier a bénéficié en outre de la politique intelligente des seigneurs des Guilhem et de l'appui de la papauté, présente en Avignon au XIVeme siècle. N’oublions pas que Arnaud de Villeneuve sera le médecin des rois et des papes en son temps. Au rang des maîtres fameux de cette université, Arnaud de Villeneuve (1288-1311), Bernard de Gordon (1294-1308) et Gui de Chauliac (1298-1368) seront reconnus et admirés dans toute l'Europe chrétienne en participant activement au développement de la pensée médicale de leur temps.

     Robert nous a ensuite dressé un tableau de l’histoire de la médecine avec l’évocation de figures célèbres. Hippocrate (Grec, -460, -370 avant JC) reconnu comme le premier médecin à avoir rejeté les superstitions et croyances qui attribuaient la cause des maladies à des forces surnaturelles ou divines, et “inventeur” de l’éthique médicale. Galien (originaire de Mysie, Turquie actuelle, 129-200) l’intellectuel, qui ne laissera pas moins de 500 ouvrages sur la médecine et la pharmacie. Rhazes (Persan, 865-925) reconnu pour ses talents d'observations alliés à une grande rigueur scientifique, qui initia la pratique des visites au chevet des malades avec ses étudiants et leur soumettait les questions. Avicenne (Persan, 980- 1037) auteur du “Canon de la Médecine”, qui influença la pratique et l'enseignement de la médecine occidentale, et se démarqua dans les domaines de l'ophtalmologie, de la gynéco-obstétrique et de la psychologie. Les médecins arabo-andalous, Albucassis (940-1013) le “Roi des Chirurgiens” avec ses travaux sur la trépanation, l’amputation, l’obstétrique, l’usage du boyau animal pour les sutures ; ses nombreux ouvrages influenceront la chirurgie occidentale. Et Averroès (1126-1198) dont l’ouverture d'esprit et la modernité déplaisaient aux autorités musulmanes de l'époque. Son oeuvre médicale la plus importante, Le Colliget (anatomie, santé, maladies, symptômes, aliments et médicaments, hygiène, thérapeutique), sera traduite en latin 90 ans plus tard et enseignée en Europe jusqu'au XVIIIeme siècle. Ces connaissances médicales allaient ensuite nous être transmises via l’Italie et l’Espagne par des savants-médecins-traducteurs comme Constantinus l’Africain (Tunisie puis Italie, 1017-1087) et Gerard de Cremone (1114-1187).

     Au delà de ce voyage entre le Moyen Orient, où notre médecine puisera ses sources, et notre région du Languedoc, Robert a voulu insister sur deux éléments essentiels qui à eux seuls permettent de comprendre la place de premier plan que notre Université montpelliéraine a joué en France et dans le monde occidental.

     Le premier élément, c’est le rôle des médecins des écoles arabes du XIeme siècle (voir plus haut) dont on dit que, chassés d’Espagne, ils ont migré vers le nord et fait une halte vraisemblablement prolongée dans notre région, apportant ainsi leur expérience dans une école de médecine naissante, ou peut-être même participant directement à sa création.

     Le deuxième élément, ce sont les nombreux écrits et ouvrages de médecine et de chirurgie des maîtres montpelliérains tels que Arnaud de Villeneuve, Bernard de Gordon et Gui de Chauliac, qui ont permis la dissémination du savoir médical et ont fait longtemps office de références, comme ceux de leurs prédécesseurs grecs et orientaux, marquant ainsi de façon profonde et durable l’enseignement de la médecine dans notre pays et en Europe. 

L'Histoire de la Médecine à Montpellier (2): Par Robert Dumas

 

Après sa précédente conférence sur l’Université de Médecine de Montpellier au Moyen Age, c’était la période de la Renaissance (XVe-XVIe siècle) que Robert Dumas abordait ce soir.

 

 

     Au début du XVIe siècle, Montpellier, cité commerçante et maritime (textile, drogues, huile d’olive, vins), devient une cité administrative dirigée par six consuls avec une Cour des Aides, une Chambre des Comptes et un Bureau des Finances. En 1536 elle accueille l’Evéché. Mais du fait des guerres de religion, la ville, à majorité protestante, se voit confisqué la renaissance architecturale. Enfin les épidémies de peste (on en comptera onze durant cette période !) viennent apporter leur supplément de misère et de drames.

     Dans ce contexte, que devient l’Université Médiévale ?

     C’est maintenant une institution Royale fonctionnarisée. Depuis 1498 elle compte quatre régents, puis deux supplémentaires en 1593 (Botanique et Anatomie) et en 1597 (Chirurgie et Pharmacie). L’enseignement est assuré par les régents et des docteurs: elle possède ainsi huit enseignants. Quelques noms: Guillaume Rondelet (1556) Laurent Joubert (1573), Richer de Belleval (1593), André du Laurens. Les études durent trois ans et demi (grand ordinaire) et le cérémonial en est déjà marqué par l’habit: robe rouge (baccalauréat), robe noire (licence), toque noire carrée et houpe rouge (doctorat qui se déroulait en l’église Saint Firmin).

     L’université formera 3000 étudiants durant le XVIe siécle (environ 30 par an), au rang desquels Michel de Notre Dame (Nostradamus, les Centuries 1555), Felix et Thomas Platter (1552-1557), François Rabelais (1531, 1533, Horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, puis 1537 pour son doctorat).

 

 

      Une des réalisations les plus prestigieuses de cette époque est sans conteste le Jardin des Plantes. En 1593, Henri IV en confia à la création à Pierre Richer de Belleval, suivant le modèle de celui de Padoue créé vers 1545. Le projet prend rapidement de l’ampleur et ne se limite pas à la culture des simples. Richet de Belleval en publie le catalogue en 1598, mais les guerres de religions qui ravagent la région anéantissent également le jardin lors du siège de la ville en 1622. Richer de Belleval doit tout reprendre à zéro. Au début du XVIIe siècle, le Jardin des Plantes de Montpellier fut non seulement un jardin scientifique, avec son importante collection de végétaux, mais un jardin précurseur dans sa manière d’appréhender le monde végétal dans sa diversité, en reproduisant différents milieux (ombragé, ensoleillé, humide, sablonneux, pierreux...) et en consacrant un emplacement aux plantes exotiques.

     Enfin, pour illustrer l’esprit de cette période, quoi de plus naturel que de citer Rabelais (Gargantua à Pantagruel): «Et quant à la connaissance de la nature, je veux que tu t’y donnes avec soin : qu’il n’y ait mer, rivière, ni source dont tu ignores les poissons ; tous les oiseaux du ciel, tous les arbres, arbustes, et les buissons des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au ventre des abîmes, les pierreries de tous les pays de l’Orient et du midi, que rien ne te soit inconnu. Puis relis soigneusement les livres des médecins grecs, arabes et laQns, sans mépriser les Talmudistes et les Cabalistes, et, par de fréquentes dissecQons, acquiers une connaissance parfaite de l’autre monde qu’est l’homme.»

     Pour terminer, relatons ici la “morale comédie de celui qui avait épousé une femme muette” (Pantagruel, Livre 3, chap. 38). Dans cette pièce qui tient davantage de la farce que de la comédie morale, la femme est guérie par un médecin et un chirurgien, mais dès qu’elle se met à parler, ses propos sont insupportables au mari, qui ne trouve pour solution à ses maux que la surdité grâce à laquelle il évitera de payer la consultation du médecin, pretextant qu’il ne peut l’entendre! La communication entre mari et femme est d’abord impossible, ensuite elle est refusée, et l’anecdote véhicule la vision du couple antagoniste par nature.

     « Je ne ris jamais oncques tant que je fis à ce Patelinage » dira Rabelais après avoir joué cette comédie avec notamment un des ses “antiques” amis Antoine Saporta. 

Les Grands Maires de Montpellier par Roland Andréani

 

Roland Andréani est professeur émérite à l’Université Paul-Valéry (Montpellier III). Il a consacré la majeure partie de ses travaux à sa région d’adoption, le Languedoc. Presse, politique, culture et société aux XIXe et XXe siècles ont été ses sujets de prédilection. Ce soir, il nous délivrait une conférence sur les “Grands Maires de Montpellier aux XIXe et XXe siècles”. 

 

 

     Chef d’une administration au personnel pléthorique et souvent considéré comme le premier employeur de la commune, le maire d’une grande ville est désigné directement par le scrutin majoritaire. Le premier conseil municipal ne fera que le confirmer officiellement dans sa fonction. Si on devait faire un parallèle avec la fonction de président de la république, le maire pourrait être caricaturé comme un despote. En effet, il n’est pas simplement le chef de l’exécutif, mais sans l’équivalence d’un premier ministre, il dirige les travaux du conseil municipal (équivalent du parlement). Il représente l’état dans la commune, notamment en matière d’ordre public et depuis 1965 il peut, de plus, diriger le district qui deviendra en 2001 l’agglomération, comme l’ont fait François Delmas et Georges Frêche. L’extension des compétences et l’alourdissement des tâches ne sont pas les seuls éléments qui suffiraient à distinguer les maires du XXeme siècle de ceux du XIXeme. Il faut aussi et surtout considérer les modes de désignation qui ont été quasi exclusivement des nominations par les régimes ou gouvernements successifs et le suffrage restreint, jusqu’en 1959 où s’installa le suffrage universel.

 

     Je vais me restreindre ici à citer les maires les plus marquants par leurs actions ou par leur destinée.

 

1790-1793, Jean Jacques Louis Durand.

  Après la chute de la royauté, Jean Jacques Louis Durand (président de la cours des comptes, aides et finances) sera le premier des     maires de Montpellier, durant cette période transitoire entre ancien régime et république en 1790-93. Son destin sera dramatique. Frappé par un décret de la convention du 9 juillet 1793 qui l’accuse de trahison envers les forces de la révolution, il se rend à Paris pour se justifier contre l’avis de l’ensemble de ses conseillers. Il passe sa dernière nuit dans sa propriété familiale de Lunel et s’élance en diligence sur les routes de France. Il sera immédiatement arrêté, condamné par le tribunal révolutionnaire et guillotiné le 12 janvier 1794. Comme cela nous a été révélé par Philippe Roussel, il se trouve que Irène son épouse est une descendante en ligne directe de Jean Jacques Louis Durand.

 

1800-1815, Louis Granier (riche bourgeois, négociant). 

Ce maire nommé par Consulat et l’Empire conservera son poste jusqu’à la chute de Napoléon 1er en 1814. Il cède sa place au marquis Dax d’Axat (hormis pendant les Cent Jours où il revient brièvement) avec la Restauration.

 

1815-1830, Dax d’Axat (noble, propriétaire).

Il sera le maire nommé par la Restauration. On lui doit la pose de la première pierre de la statue équestre de Louis XIV au Peyrou, et la création du musée Fabre en 1825.

 

1832, Paulin Deshours-Farel (industriel), un non maire !

Nommé par ordonnance royale pendant la Monarchie de Juillet, il ne parviendra pas à se placer dans les quatre premiers dans aucune des neuf sections entre lesquelles sont répartis les 1500 électeurs ! Il n’exercera donc pas la fonction qui lui était destinée, et c’est Zoé Granier qui sera maire pendant les 10 années suivantes.

 

1852-1870, Jules Pagézy (propriétaire).

Nommé sur décret impérial, bien que non bonapartiste, il va maintenir la stabilité sur la ville et apporter beaucoup de réalisations encore existantes de nos jours: Palais de Justice, projet de l’axe Ouest-Est à partir du Peyrou (actuelle rue Foch), Préfecture, marché couvert (actuelles Halles Laissac), Temple Protestant (proche de la gare actuelle) et églises Sainte Anne et Saint Roch. On peut cependant lui reprocher de ne pas avoir prévu l’essor du chemin de fer et d’avoir laissé d’autres villes comme Nîmes et Béziers s’équiper de gares modernes entre lesquelles Montpellier ne sera qu’une simple halte.

 

1878-1888, Alexandre Laissac (propriétaire).

Dernier maire nommé par la troisième république, on lui doit la reprise des travaux qui conduiront à la rue impériale (rue Foch), la reconstruction du théâtre incendié, l’édification de l’hôpital Saint Eloi, et le premier lycée de jeunes filles (actuel Lycée Georges Clemenceau).

 

1929-1935, Benjamin Milhaud (avocat).

Premier et jusqu’à présent unique maire juif de Montpellier, il a été élu en bénéficiant du soutien de la droite locale pourtant imprégnée des idées de Charles Maurras, par l’intermédiaire du quotidien l’Eclair.

 

1935-1959, Paul Boulet (professeur à la faculté de Médecine) et Jean Zuccarelli (avocat) vont se succéder tour à tour plusieurs fois, avant et après la guerre.

 

1959-1977, François Delmas (avocat), 1977-2004, Georges Frêche (Professeur), 2004-2014, Hélène Mandroux (Médecin) vont se succéder à la mairie et il est inutile de rappeler ici leurs innombrables actions en faveur de la ville dont la population est aujourd’hui (2012): Montpellier-Ville: 258 400 h et Montpellier-Agglomération: 420 000 h en 2012.

 

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